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Publié le : 2 mai 2010
À PROPOS DES MUSIQUES IMPROVISÉES... OU " L’EXTENTION DES POSSIBLES"*

Au-delà des notions de style ou de genre, les musiques improvisées ne se laissent pas facilement définir. Si l’on peut considérer que celles-ci s’inscrivent dans la continuité du jazz et du free jazz, par cet approfondissement d’une énergie expressive salvatrice et vitale, elles peuvent apparaître, dans le même temps, comme une émanation des recherches de la musique contemporaine occidentale et puiser dans les richesses des musiques ethniques. Quoi qu’il en soit, pratiques autant qu’états d’esprit, elles rassemblent des musiciens d’horizons divers.

Depuis ces quatre dernières décennies, elles connaissent un essor considérable, tant aux Etats-Unis qu’en Europe mais restent assez méconnues et peu abordées par les médias. Sans-doute, leurs aspérités, quelque peu libertaires, leur manière de se dérober à toute convention, tout enfermement, ne conviennent-elles pas à nos sociétés trop souvent aseptisées et oublieuses de certains éléments fondamentaux de vie, _ par exemple, l’authenticité d’une rencontre, d’une émotion, et surtout l’attention à ce qui peut réellement définir notre humanité.

Car il y a dans les musiques improvisées une faculté évidente à nous plonger dans une écoute fertile de la vie, dans ce qu’elle a de plus sensible, de plus immédiat, de plus intime. Le musicien improvisateur emprunte certes des chemins de traverse où l’inattendu flirte avec la poésie mais surtout, nous convie à renouer avec une émotion primordiale dont l’évidence nous déchire autant qu’elle nous ravit. Primauté du geste et du souffle, pulsation ancestrale, vertige de la variation, résonances fructueuses, déclinaison infinie de l’inouï, couleurs de l’insondable, ébranlements, et plus largement, extension des possibles : tout cela qui peut tisser, dans le creux de l’instant, la fluidité d’un monde à constamment réinventer.

C’est aussi pour l’improvisateur autant que pour l’auditeur, l’occasion d’habiter quelques moments de grâce, de ceux qui nous permettent de revenir à l’essentiel, à une profondeur du cœur et de l’esprit saisie dans la fulgurance d’une rencontre ; c’est sans doute ici ce qui confère aux musiques improvisées toute leur beauté, leur force et surtout, leur nécessité.

Géraldine Martin

*Titre donné par Pierre Lemarchand, organisateur du festival Jazzapart (pour lequel ce texte a été écrit) et animateur de l’émission du même nom (jazzapart.free.fr).






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